«Je ne reconnais pas la prétendue victoire de Faure Gnassingbé. Je conteste les chiffres qui sont publiés. La CENI n’a pas respecté les procédures qu’elle s’est fixée. Je ne fais aucune confiance en cette CENI. Nous allons multiplier les manifestations. Nous n’allons pas nous laisser faire», clame t-il. Avant d’arborer les habits de «Chef de l’Etat»: «de tout ce qui précède, nous concluons que nous avons gagné la présidentielle du 4 mars 2010. A cet instant, j’adresse mes remerciements aux électeurs et électrices qui ont porté leur suffrage sur mon nom. Je salue la disponibilité des observateurs et de tous les amis du peuple togolais ». Dans cette perspective, le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement ( FRAC) que conduisait le candidat de l’UFC, organise ce matin, «une marche pour protester contre les résultats frauduleux du scrutin présidentiel du 4 mars dernier», selon les propos de Patrick Lawson, le directeur de campagne de Jean-Pierre Fabre. Cette marche qui partira de Bè, fief traditionnel de l’UFC se terminera à la Place de l’Indépendance, en traversant le Boulevard Félix Houphouët-Boigny. Elle intervient dans un contexte d’arrestations de dirigeants proches de l’opposition.
Le camp présidentiel: «C’est un acte de rébellion»
Dans le camp du Rassemblement du Peuple Togolais, vainqueur provisoire du scrutin, en attendant la validation des résultats par la Cour Constitutionnelle, on continue de sabler le champagne et de tourner en dérision, les menaces et récriminations de l’Opposition. Le ministre de la Coopération, du Plan et de l’Aménagement du Territoire, Gilbert Bawara, par ailleurs proche de Faure Gnassingbé, trouve incongrue la déclaration du candidat malheureux, Jean Pierre Fabre. «C’est un manque de fair-play. C’est un peu de la démagogie. Parce que le processus électoral et le scrutin ont été gérés de bout en bout par une institution inclusive et consensuelle dans laquelle l’UFC et le CAR, c’est-à-dire l’opposition parlementaire et en plus l’opposition extraparlementaire, était représentée. Le jour du vote, dans tous les bureaux de vote, il y avait des délégués des candidats, des observateurs nationaux ou internationaux. Le dépouillement a été effectué sur place, en présence du public. Les procès verbaux ont été remis aux délégués des candidats. Le même procédé a été utilisé au niveau des Commissions Electorales Nationales Indépendantes (CELI) qui sont des organes inclusifs, ouverts et qui se sont même déplacés jusqu’à Lomé pour proclamer les résultats de leur localité. Chaque fois que les présidents des CELI lisaient les résultats, ils étaient entourés du vice-président et du rapporteur qui sont de sensibilités politiques différentes. Ils disaient: ‘’Ce résultat a été certifié par les autres membres de la CELI et que copie a été donnée aux représentants des candidats’’. Jusqu’à présent, vous ne voyez aucun candidat, notamment Jean-Pierre Fabre, dénoncer ni la présence de ses propres représentants au sein de la CELI, ni vous exhiber les résultats des délégués qu’il avait déployés dans tous les bureaux. Il est en train de sauter de contradiction en contradiction. Le 5 mars (2010), il a dit à l’opinion nationale et internationale qu’il était gagnant et qu’il était déjà président avec 75 à 80%. Hier (dimanche 7 mars, Ndlr), il a dit qu’il est entre 55 et 60%. Quelle crédibilité peut-on apporter à un homme politique qui se dédit en moins de 24 h. Je voudrais rappeler qu’avant même le scrutin, Jean-Pierre Fabre était élu président à Paris. Et M. Kofi Yamgnane était Premier ministre. Je ne sais pas si le code électoral togolais avait été déplacé vers Paris. C’est dire que tout le reste n’a été qu’une volonté de mépris et de dénigrement vis-à-vis du peuple togolais», a-t-il sèchement déclaré, hier en fin de matinée. Sur la volonté de Jean-Pierre Fabre à former un gouvernement dans les heures à venir, le compagnon du Président Faure Gnassingbé se veut sans ambiguïté : «ce sera alors un acte de rébellion. Dans ce cas d’espèce, l’Etat prendra ses responsabilités, parce que le peuple togolais qui a connu des déchirements et déchirures, par un passé récent, veut préserver le climat de paix, de réconciliation et de cohésion sociale. Pour notre part, nous attendons la confirmation des résultats par la Cour Constitutionnelle pour poursuivre l’œuvre de reconstruction entreprise par le président Faure. Le Togo a franchi des pas en avant dans sa marche vers la démocratie, l’Etat de droit et vers plus de liberté et de respect des droits de l’homme. Les réformes économiques et financières ont été engagées avec des conséquences heureuses sur la population». Autant le dire tout net. Cinq jours après la tenue de la présidentielle et trois jours après la proclamation des résultats provisoires, des vents contraires soufflent sur le Togo. La contestation du verdict des urnes et la marche de l’Opposition prévue pour ce matin, ouvrent la voie à toutes les incertitudes. C’est encore la croix et la bannière pour des populations pas encore sorties de l’auberge démocratique.
Bakary Nimaga,
Envoyé Spécial
à Lomé (TOGO)
Source:Le Patriote